Autour du Libre 2004: produire et diffuser les savoirs
Manifestation
Présentation des journées AL2004
Programme des journées
Session introductive
Session “Communautés de pratiques et institutions”
Session “Production et producteurs de Libre”
Session “Droit, éthique et liberté”
Session “Outils coopératifs”
Session de clôture
Espace exposition
Contributions
Les ateliers
Pratique
Historique des journées
Compétition entre logiciel libre et logiciel propriétaire : l’étude de cas (La)TeX
par Alexandre Gaudeul
5 mai 2004

J’étudie la concurrence entre deux modèles de développement de logiciel, le modèle propriétaire et le modèle open-source. Je définit d’abord ces modèles puis les compare et analyse l’effet que l’existence de l’un a sur le développement de l’autre.

J’explique les conséquences et les effets de quatre facteurs principaux dans la concurrence entre logiciel libre et logiciel propriétaire. Le premier est la moindre efficacité de la coordination dans le développement libre comparé au développement propriétaire. Le second est la différence d’objectif entre développeurs libres et usagers finaux. Le troisième est l’influence des effets de réseau sur la conception du logiciel (il y a effet de réseau si je préfère que le logiciel que j’utilise soit également utilisé par d’autres). Le quatrième est la différence entre les objectifs d’une organisation libre qui s’inquiète seulement de ses utilisateurs présents, et ceux d’une entreprise logicielle qui veut gagner de nouveaux clients et parts de marché.

L’article est inspiré par l’étude de cas du logiciel TeX que j’ai mené avec le soutien du GREMAQ-CNRS à l’Université de Toulouse et de la School of Information Management and Systems à Berkeley. Une version longue de l’étude de cas est disponible sur http://agaudeul.free.fr, tandis qu’une version en anglais du papier que je vais présenter est disponible à http://agaudeul.free.fr/ossdistribution6.pdf.

Donald E. Knuth a développé le logiciel de composition TeX vers la fin des années 70 sous licence libre. Ce logiciel est devenu une référence pour l’édition scientifique. TeX et LaTeX, une collection de macros basée sur TeX, sont maintenant employés pour composer et éditer une grande partie de la littérature scientifique, notamment pour la physique et les mathématiques.

Je compare les fonctionnalités, utilisateurs, et modes de développement du logiciel TeX avec ses équivalents propriétaires, développés de façon indépendante ou construits sur le socle de TeX. Je décrit et modélise quelques aspects des interactions stratégiques entre logiciels propriétaires et logiciels libres.

J’expose la manière dont le groupe des usagers de TeX (TUG) est parvenu à coordonner le développement libre de TeX, et comment il a choisi les objectifs de développement. Cela mène à la délinéation de différentes étapes dans la vie de l’organisation libre. Je montre aussi à quel point il est difficile pour une organisation libre de développer une interface, et comment dans le cas de TeX des développeurs motivés par le profit ont fournis les premières versions faciles d’emploi de TeX. Je montre finalement comment les besoins d’utilisateurs et des développeurs sont alignés dans le choix des objectifs de développement libre, non pas, comme cela est trop dit, parce que tout utilisateurs peut devenir un développeur, mais parce que les développeurs ne diffèrent pas trop de l’utilisateur standard, et parce qu’ils comprennent la nécessité de développer un logiciel populaire pour bénéficier des effets de réseau.

J’analyse la concurrence entre TeX et des logiciels propriétaires dérivés ou développées de façon indépendante. La composition de leur population d’utilisateurs a évoluée au fur à mesure de la maturation du projet tandis que chaque type de logiciel se développait en réaction à la concurrence de l’autre côté. Les versions propriétaires de TeX ont contribuées à populariser TeX sur lequel elles sont basées, et ont souvent servi d’inducteurs à l’utilisation des versions libres.

J’observe à partir de l’étude de cas des différences importantes entre la logique de développement libre et la logique de développement propriétaire :

-  La première est qu’il est plus difficile de coordonner les développeurs et de les mettre d’accord sur des objectifs de développement quand le développement est libre. Ceci est illustré par l’étude de cas de TeX ainsi que par la littérature sur les techniques de programmation.

-  La seconde est que les développeurs libres n’ont pas les mêmes besoins que l’utilisateur moyen. Par exemple, les développeurs ont besoin d’une interface qui réduise les coûts d’utilisation, tandis que les utilisateurs ont besoin d’une interface qui allège les coûts d’installation et d’apprentissage du logiciel. Les «  développeurs-entrepreneurs » (ceux qui développent un logiciel propriétaire, ci-après « entrepreneurs ») et les développeurs libres ont différents objectifs. Les développeurs libre ne peuvent vendre un code développé à partir d’un projet libre sous licence « GPL » (General Public License). Ils développent donc des fonctionnalités qui ont de la valeur pour eux et pas nécessairement pour le « marché  » (population d’utilisateurs finaux). Les développeurs-entrepreneurs essayeront eux de maximiser la valeur marchande du logiciel. Ceci se traduit par le développement d’interfaces de nature différente selon que le logiciel est de nature libre ou propriétaire.

-  Je présente également une autre explication des différences d’objectifs entre développeurs libres et entrepreneurs : les organisations qui fédèrent et organisent le développement libre sont contrôlées par les « membres fondateurs » (ceux qui ont développés les premières versions du logiciel). De nouveaux utilisateurs peuvent alors trouver difficile d’influencer la dynamique du développement du logiciel. L’entrepreneur peut alors être plus rapide que l’organisation libre à identifier ce nouveau segment d’utilisateurs et servir leurs besoins.

Ces observations ont des conséquences que je présente dans le papier en trois parties :

-  Dans la première partie, du fait de différences de conception des interfaces libres vs. propriétaires, les utilisateurs ne choisissent pas un logiciels libres ou propriétaire seulement selon la valeur qu’ils accordent aux fonctionnalités « brutes » du logiciel, mais également selon les coûts à l’apprendre, installer et utiliser. Quand le logiciel propriétaire offre plus de fonctionnalités que le logiciel libre, il aura un prix élevé et les utilisateurs qui ne peuvent pas se le permettre emploieront le logiciel libre même s’il est plus coûteux à installer et apprendre. Quand tous les deux ont les mêmes fonctionnalités, l’entreprise logicielle fixera son prix à la valeur de son interface et maintient une position de monopole sur le marché. Quand le logiciel libre a plus de fonctionnalités, alors les utilisateurs qui ont la valeur la plus haute pour le logiciel renonceront à l’interface plus pratique du logiciel propriétaire et emploieront le logiciel libre à la place.

-  Dans la deuxième partie, je montre l’influence des « effets de réseau »sur la conception d’un logiciel. Je montre qu’ils encouragent le développement d’un logiciel libre plus accessible car les développeurs tiendront compte des gains de part de marché que cela leur procure. Cela peut décourager le développement d’une alternative propriétaire.

-  Dans la troisième partie, les utilisateurs sont divisés en deux groupes, ceux qui désirent le développement de fonctionnalités similaires à celles que désirent les développeurs libres, et ceux qui ont des priorités différentes. Ceci mène à une différentiation entre les fonctionnalités développées par les entrepreneurs et par les développeurs libres : l’entrepreneur peut choisir de développer des fonctionnalités différentes et se concentrer sur les utilisateurs qui ont des goût différents de ceux des développeurs libres.

Le papier inclut une discussion de la différence entre les logiciels sous licence « BSD » (Berkeley Software Distribution) vs. ceux sous licence GPL. La licence TeX est semblable à la BSD, mais le papier traite essentiellement de la licence GPL.

La perspective sur le développement du logiciel libre que je présente ici s’accompagne de nombreux caveats, et je tiens compte également d’autres perspectives qui en modèrent l’aspect indûment péremptoire. Le lecteur est donc invité à se référer aux papiers que j’évoque au début de ce texte afin d’avoir une vue plus nuancée sur le sujet.


Documents liés:

Alexandre Gaudeul

  • Site personnel
  • Alexandre Gaudeul travaille avec les universités de Toulouse et de Southampton

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